Cycle Auschwitz et autres atrocités (4)

Pour conclure avec ce cycle (qui reste ouvert dans le cas où je lirais d’autres livres sur le sujet), je finis avec trois livres de Charlotte Delbo sur son expérience de la déportation et le livre Petit Pays de Gaël Faye, un émouvant témoignage du génocide du Rwanda mais cette fois-ci sous le point de vue d’un petit garçon au Burundi.

 

 

Le premier livre, Aucun de nous ne reviendra, relate l’expérience de la déportation par Charlotte Delbo, sous un point de vue collectif. Elle rend hommage aux différentes femmes qui n’ont pas survécu et à celles qui n’ont pas hésité une seconde à aider les autres au péril de leur vie. Les passages poétiques se succèdent aux passages plus impersonnelles de vie de camp et des différents événements. J’avoue que j’ai préféré les passages poétiques qui sont d’une beauté à donner les larmes aux yeux. Je ne résiste pas à l’envie d’en mettre un passage. Quant aux événements racontés, contrairement à Primo Levi qui donne le sentiment d’une unité et d’un souvenir réorganisé pour lui donner une cohérence, Charlotte Delbo offre une fragmentation qui permet de percevoir l’état de confusion des détenus.

Vous qui avez pleuré deux mille ans
un qui a agonisé trois jours et trois nuits

quelles larmes aurez-vous
pour ceux qui ont agonisé
beaucoup plus de trois cents nuits et beaucoup
plus de trois cents journées

combien pleurerez-vous
ceux-là qui ont agonisé tant d’agonies
et ils étaient innombrables

Ils ne croyaient pas à résurrection dans l’éternité
Et ils savaient que vous ne pleureriez pas.

Le deuxième tome raconte la fin de l’expérience des camps et Charlotte Delbo se livre plus personnellement en racontant son amour pour son mari tué et ses propres émotions à l’issue des événements. Cette sincérité rend le livre plus poignant et j’étais au bord des larmes à chaque phrase.

Encore une fois, même si je voudrais remettre ici toute la beauté de la fin du texte, je vais en mettre l’extrait le plus émouvant:

Et je suis revenue
Ainsi vous ne saviez pas,
vous,

qu’on revient de là-bas

On revient de là-bas
et même de plus loin […]

Je suis revenue d’entre les morts
et j’ai cru
que cela me donnait le droit
de parler aux autres
et quand je me suis retrouvée en face d’eux
je n’ai rien eu à leur dire
parce que
j’avais appris
là-bas
qu’on ne peut pas parler aux autres.

Dans le troisième tome, Charlotte Delbo donne la parole explicitement aux autres femmes qui sont revenues des camps et qui ont essayé de refaire leurs vies malgré tout. Certaines avaient perdu toute leur famille, d’autres devaient continuer à travailler même après tous les efforts pour gagner leur nourriture.  Charlotte Delbo montre que, même après cette expérience traumatisante des camps de concentration, la réalité après la délivrance n’est pas toujours joyeuse. Cela donne aussi à réfléchir à la suite, aux conséquences pour les rescapés et surtout au fait, comme le martelait Primo Levi, qu’il y a des choses dans l’Histoire qu’il ne vaut mieux pas oublier.

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Je reviens également sur le génocide du Rwanda avec le témoignage d’un petit garçon, Gabriel, qui a vécu au Burundi d’une mère tutsie et d’un père français. Il faut s’accrocher au début puisque, comme la plupart des autobiographies d’enfants (je pense surtout et principalement à The Catcher in The Rye de JD Salinger) Gabriel nous montre une enfance de gangs, de violence entre enfants presque gentille par rapport à la suite de l’histoire. Bref, le début permet de se plonger dans un quotidien pour me se laisser surprendre par la montée progressive de la violence par la suite dans le pays.

Les brèves récits de la mère sur la violence au Rwanda sont bouleversants et depuis le début de l’autobiographie jusqu’à la fin, les membres de la famille sont presque tous tués pour la plupart et quant aux rares qui restent, personne n’est épargné. Gabriel, le protagoniste est particulièrement touchant et j’ai complètement craqué sur lui lorsqu’il raconte son amour pour une jeune fille française avec laquelle il correspond.

Bref, le changement de point de vue du Rwanda au Burundi est intéressant pour se rendre compte de tous les aspects du problème et on se rend compte que même sans avoir vécu directement le génocide, les politiques au Rwanda et au Burundi ont affecté les deux populations. De plus, je pense qu’en tant que française pour ma part, ce cycle sur le génocide rwandais m’a beaucoup plus appris sur les souffrances dans ce pays que les médias français.

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