Le triangle d’incertitude de Pierre Brunet

9782702157565-001-t

J’ai commencé à lire ce livre dans l’espoir d’en apprendre plus sur le génocide du Rwanda du côté français. Dans les témoignages des survivants que j’ai lu, on sent une rancœur envers la France que les Rwandais rendent responsables. Mais qu’en est-il des soldats français?

On suit l’histoire d’un soldat qui rentre dans sa famille après le génocide et qui doit réapprendre à vivre après avoir vu des horreurs. Certains passages qui évoquent ces événements sont très éprouvants émotionnellement. J’étais au bord des larmes lorsque l’auteur nous présente Étienne et ce qu’il a traversé au Rwanda. Devant tant de massacres, l’auteur nous montre l’inimaginable.

Cependant, contrairement à mes espérances, l’attention du roman ne se place pas vers les événements historiques au Rwanda mais plutôt la difficulté du soldat avec Isabelle, sa femme, et ses enfants. A ce niveau, j’ai eu du mal à sympathiser avec ce soldat qui trompe allégrement sa femme, sort le soir et semble assez indifférent au sort de ces enfants et à la souffrance d’Isabelle. Il ne montre aucun effort pour essayer de se réintégrer et j’étais plus sensible aux efforts de sa femme pour se réconcilier avec lui.

De plus, le vocabulaire maritime m’a refroidi complètement. Je n’ai pas vraiment compris et j’ai passé en diagonale tous les endroits qui utilisaient ce vocabulaire technique peu compréhensible pour les néophytes.

Bref, j’étais un peu déçue par ce roman en demi-teinte, incroyable dans ces descriptions historiques et finalement ennuyeux et machiste du côté de son retour. Je remercie tout de même la plateforme Simplement Pro et les éditions Calmann-Lévy pour ce roman.

Publicités

Les grands espions du XXe siècle de Patrick Pesnot

17401414

Avis

Je ne suis ni calée en politique ni en histoire et pourtant, me voilà enchantée par ce roman d’espionnage de la vie réelle. On nous dit toujours que les vrais espions, loin de ressembler à des James Bond ou Alias, sont plutôt des administratifs cachés dans leurs bureaux. Ce livre dément et raconte la vie absolument fabuleuse des espions qui ont œuvré pour ou contre des dictatures et même les deux à la fois.

J’ai un petit coup de cœur pour la crise des missiles de Cuba, un passage historique qu’on apprend tous en cours d’histoire et qui, raconté par des espions, prend une toute autre dimension. Ce qu’on croyait une victoire de Kennedy et qui est en réalité une victoire des services secrets soviétiques qui ont réussi à faire croire à leur puissance militaire.

Bref, un livre à lire d’urgence, une perle rare qui donne le point de vue de l’espion, un point de vue souvent méconnu et ignoré et surtout, un livre sur la manipulation et la psychologie humaine. A méditer pour les écrivains d’espionnage, la vérité est parfois plus incroyable que la fiction!

Cycle Auschwitz et autres atrocités (4)

Pour conclure avec ce cycle (qui reste ouvert dans le cas où je lirais d’autres livres sur le sujet), je finis avec trois livres de Charlotte Delbo sur son expérience de la déportation et le livre Petit Pays de Gaël Faye, un émouvant témoignage du génocide du Rwanda mais cette fois-ci sous le point de vue d’un petit garçon au Burundi.

 

 

Le premier livre, Aucun de nous ne reviendra, relate l’expérience de la déportation par Charlotte Delbo, sous un point de vue collectif. Elle rend hommage aux différentes femmes qui n’ont pas survécu et à celles qui n’ont pas hésité une seconde à aider les autres au péril de leur vie. Les passages poétiques se succèdent aux passages plus impersonnelles de vie de camp et des différents événements. J’avoue que j’ai préféré les passages poétiques qui sont d’une beauté à donner les larmes aux yeux. Je ne résiste pas à l’envie d’en mettre un passage. Quant aux événements racontés, contrairement à Primo Levi qui donne le sentiment d’une unité et d’un souvenir réorganisé pour lui donner une cohérence, Charlotte Delbo offre une fragmentation qui permet de percevoir l’état de confusion des détenus.

Vous qui avez pleuré deux mille ans
un qui a agonisé trois jours et trois nuits

quelles larmes aurez-vous
pour ceux qui ont agonisé
beaucoup plus de trois cents nuits et beaucoup
plus de trois cents journées

combien pleurerez-vous
ceux-là qui ont agonisé tant d’agonies
et ils étaient innombrables

Ils ne croyaient pas à résurrection dans l’éternité
Et ils savaient que vous ne pleureriez pas.

Le deuxième tome raconte la fin de l’expérience des camps et Charlotte Delbo se livre plus personnellement en racontant son amour pour son mari tué et ses propres émotions à l’issue des événements. Cette sincérité rend le livre plus poignant et j’étais au bord des larmes à chaque phrase.

Encore une fois, même si je voudrais remettre ici toute la beauté de la fin du texte, je vais en mettre l’extrait le plus émouvant:

Et je suis revenue
Ainsi vous ne saviez pas,
vous,

qu’on revient de là-bas

On revient de là-bas
et même de plus loin […]

Je suis revenue d’entre les morts
et j’ai cru
que cela me donnait le droit
de parler aux autres
et quand je me suis retrouvée en face d’eux
je n’ai rien eu à leur dire
parce que
j’avais appris
là-bas
qu’on ne peut pas parler aux autres.

Dans le troisième tome, Charlotte Delbo donne la parole explicitement aux autres femmes qui sont revenues des camps et qui ont essayé de refaire leurs vies malgré tout. Certaines avaient perdu toute leur famille, d’autres devaient continuer à travailler même après tous les efforts pour gagner leur nourriture.  Charlotte Delbo montre que, même après cette expérience traumatisante des camps de concentration, la réalité après la délivrance n’est pas toujours joyeuse. Cela donne aussi à réfléchir à la suite, aux conséquences pour les rescapés et surtout au fait, comme le martelait Primo Levi, qu’il y a des choses dans l’Histoire qu’il ne vaut mieux pas oublier.

33798435

Je reviens également sur le génocide du Rwanda avec le témoignage d’un petit garçon, Gabriel, qui a vécu au Burundi d’une mère tutsie et d’un père français. Il faut s’accrocher au début puisque, comme la plupart des autobiographies d’enfants (je pense surtout et principalement à The Catcher in The Rye de JD Salinger) Gabriel nous montre une enfance de gangs, de violence entre enfants presque gentille par rapport à la suite de l’histoire. Bref, le début permet de se plonger dans un quotidien pour me se laisser surprendre par la montée progressive de la violence par la suite dans le pays.

Les brèves récits de la mère sur la violence au Rwanda sont bouleversants et depuis le début de l’autobiographie jusqu’à la fin, les membres de la famille sont presque tous tués pour la plupart et quant aux rares qui restent, personne n’est épargné. Gabriel, le protagoniste est particulièrement touchant et j’ai complètement craqué sur lui lorsqu’il raconte son amour pour une jeune fille française avec laquelle il correspond.

Bref, le changement de point de vue du Rwanda au Burundi est intéressant pour se rendre compte de tous les aspects du problème et on se rend compte que même sans avoir vécu directement le génocide, les politiques au Rwanda et au Burundi ont affecté les deux populations. De plus, je pense qu’en tant que française pour ma part, ce cycle sur le génocide rwandais m’a beaucoup plus appris sur les souffrances dans ce pays que les médias français.

Cycle Auschwitz et autres atrocités (3)

13540636 435223 837718

Cet article va discuter de trois pièces de théâtre sur la Révolution Française et surtout le régime de terreur qui a suivi par la suite. Bien sûr, il ne s’agit pas de génocide organisé mais cependant, il s’agit d’une période sombre de l’histoire française qui a été à l’origine de nombreuses morts arbitraires et sanglantes.

Les trois pièces de théâtre abordent chacune ce thème de manière très différente.

La pièce de Peter Weiss, Marat-Sade, se focalisent surtout autour du personnage de Marat. Il s’agit d’une mise en abyme puisque les détenus d’un asile, dans lequel se trouve Sade, vont jouer une pièce sur la mort de Marat ce qui va amener à de longues discussions et réflexions politiques. La pièce est complexe, il n’est pas toujours simple de comprendre dans quelle position se trouve chaque personnage et on ressent plutôt l’engagement politique du dramaturge qui cherche à affirmer sa position à travers des personnages politiques connus. Bref, beaucoup de politique dans une pièce confuse et qui m’a laissé perplexe.

La Mort de Danton, de Büchner, est la seule pièce qui va retracer l’histoire et les derniers moments de Danton face à Robespierre. Chacun a une position différente sur la Révolution et ce qu’il faut faire par la suite. J’ai beaucoup aimé les points de vue de chacun, la manière dont un système peut s’écrouler sur lui-même est bien montrée et on a une sorte de suspense (même pour un français) sur comment chaque personnage historique va chercher à garder sa dignité dans ce désastre.

En ce qui concerne la pièce d’Anouilh, Pauvre Bitos, seule pièce française dans ce lot à traiter de ce sujet, j’ai trouvé que la Révolution Française n’était finalement qu’un prétexte pour assommer le pauvre Bitos. Bitos étant une sorte de souffre-douleur pour un groupe de personnes, ces personnes vont lui faire jouer une comédie de Révolution française et il n’est pas évident de comprendre quel est le but final de cette comédie. Je n’ai pas apprécié cette pièce puisque je ne comprenais pas les enjeux du drame et ce que chaque personnage voulait.

Cycle Auschwitz et autres atrocités (2)

763269 13497873

Après le génocide juif, j’ai lu deux livres de témoignages sur le génocide du Rwanda par le même auteur journaliste qui est allé là-bas. Avant de lire ces bouquins, je n’étais que très peu au courant de ce génocide, et c’était à peine si je savais où se trouvait le Rwanda sur la carte. Je me demandais si la distance géographique avec le Rwanda me rendrait les événements décrits plus difficiles à comprendre en terme géopolitique et culturelle.

Au contraire, le premier livre de la trilogie est une succession de témoignages de Tutsis qui ont réchappé par miracle aux Hutus, responsables du génocide du Rwanda en 1994. Même si les barrières culturelles existent, on est face à des humains blessés, face à des gens qui ont perdu toute leur famille et qui racontent leur souffrance et c’est un témoignage universel. J’avais les larmes aux yeux devant toutes ses personnes qui acceptaient de révéler leur calvaire devant un monde indifférent et des puissances européennes qui, non seulement avait fermé les yeux mais avait aussi encouragé ce massacre. Comment peut-on survivre indemne à une telle expérience? L’auteur cherche souvent à comparer ce génocide au génocide juif mais je pense que même s’il n’est pas comparable, on a dans ces témoignage un récit qui ne cherche pas à se poétiser ou à rendre les choses supportables contrairement à ceux de Primo Lévi. Les survivants veulent juste pour la plupart rester tranquilles, et ceux qui acceptent de témoigner le font avec beaucoup de sincérité et une simplicité admirable.

Le deuxième livre fait parler les Hutus, ceux qui ont participé aux massacres contre les Tutsis et ont profité des massacres pour voler aux Hutus. Je comprends la perplexité du journaliste devant ce massacre commis par des voisins contre des amis et son insistance pour essayer de comprendre malgré tout comment la nature humaine peut accomplir ces atrocités. Cependant, au-delà du fait que les meurtriers semblent ne regretter aucun de leurs actes et les justifient par des ordres venus d’au-dessus, l’auteur met en parallèle les témoignages des victimes avec ceux des coupables ce qui met mal à l’aise et place ce tome en contradiction avec les propos du premier livre. Je m’attendais à du repentir, à des hommes déboussolés qui se détestent pour ce qu’ils ont été obligés de faire et en réalité, on découvre des hommes à la fois normaux et monstrueux. Ces hommes ne regrettent rien sauf le fait de n’avoir pas pu terminer le massacre et cela pose une sacrée question philosophique: comment peut-on devenir un meurtrier sanguinaire en si peu de temps? Est-ce que n’importe qui peut le devenir? Et cela donne des frissons dans le dos!

Cycle Auschwitz et autres atrocités (1)

Au cours de ma licence de lettres, j’étais amenée à lire une série de livres sur Auschwitz, le génocide au Rwanda et les goulags en Russie. J’ai décidé de regrouper certains livres qui permettent d’envisager différents aspects de chaque thème.

Pour ce premier cycle, j’ai regroupé un livre de Primo Levi, Les naufragés et les rescapés avec une bande dessinée d’Art Spiegelman, Maus.

275729 15195

Le livre de Primo Levi présente une série d’interrogations à la suite de son témoignage. Il s’agit d’une réflexion sur ce qui s’est passé. De manière intéressante pour notre époque, il rappelle que si on peut se demander pourquoi les déportés ont accepté leur situation, et pourquoi ils ne se sont pas révoltés, ces déportés n’avaient même pas le loisir ni l’énergie pour envisager une quelconque action de révolte. Et ceux qui l’ont fait n’ont pas vécu assez longtemps pour en discuter.

Dans le cadre de Maus, la bande dessinée présente les juifs comme des souris. Je dois tout d’abord signaler que n’étant pas moi-même observatrice, j’avais du mal à distinguer les différents personnages. De plus, je n’aime pas particulièrement le support bande dessinée ce qui est totalement subjectif de ma part. Tout cela pour dire que j’étais moins touchée par les témoignages de Spiegelman que par ceux de Primo Levi en raison du support. Les situations des deux écrivains sont différentes: Primo Levi, en tant que juif italien, est déporté à Auschwitz et se retrouve confronté dans un pays avec une autre langue et devant se battre au sein de règles différentes. La problématique de l’incompréhension linguistique est souvent évoquée et cruciale dans son témoignage.

Pour Maus, il s’agit de juifs polonais dont la situation se dégrade au fur et à mesure des années et des nouvelles lois, on ressent l’étau qui se resserre autour de ces juifs et cette escalade dans la violence et l’antisémitisme est bien décrite. Le point de vue intérieur au régime nazi est poignant au-delà d’Autschwitz et rend bien compte de l’isolement des juifs à l’intérieur du régime.

Bref, entre une bande dessinée et une réflexion sur la Shoah, les différents  points de vue permettent de se rendre mieux compte des différentes problématiques et des différentes situations.

Renaissance de Pauline Cosson

30648311

Avis

Et si les ancêtres historiques célèbres venaient hanter nos esprits? Et s’il existait une Charte des personnalités historiques qui s’étaient réincarnées?

Sur cette idée à la fois géniale et frissonnante, Pauline Cosson va proposer un livre qui montre comment les grands de l’époque comme Louis XIV, Napoléon, Marie Curie vont réagir à notre époque des réseaux sociaux et d’Internet. En tant qu’historienne peu convaincue et qui n’apprécie pas trop l’histoire, j’ai apprécié le fait que l’histoire reste fantasmée et que le roman ne passe pas trop de temps à disséquer la vie historique de ces personnalités. On sent la maîtrise historique sans avoir la biographie complète ce qui reste assez appréciable.

J’ai surtout adoré Hadrien, personnage complètement décalé de chanteur rock qui partage son esprit avec le roi Soleil et les deux forment une alliance à la fois improbable et amusante. La manière dont les événements se succèdent implacablement est addictive et j’ai fini assez rapidement le livre. La fin est jouissive par rapport au reste de l’intrigue, je trouve que l’enchaînement depuis la révélation de Louis XIV au peuple, sans trop spoiler l’intrigue, rend les événements d’autant plus excitants et fascinants, étonnamment réalistes par rapport à notre époque.

Je mettrais juste un petit bémol et un amusement: en tant qu’iranienne, j’ai apprécié le personnage d’Aliyeh, sa fascination pour Zarathustra et son personnage dynamique et intelligente. J’aurais cependant préféré la voir parler en iranien des fois (on voit de l’anglais dans le roman alors pourquoi pas de l’iranien pour des mots simples?). Et une autre plainte mineure, farsi signifie bien persan/iranien en iranien mais on ne dit pas en English, ou en español alors pourquoi dire farsi quand on veut dire persan?

Bref, malgré ces plaintes, je trouve qu’Aliyeh est une bouffée d’air frais dans tous ces personnages historiques.

Non seulement je remercie Pauline Cosson pour la dédicace, pour m’avoir envoyé son roman et je lui souhaite une grande carrière d’écrivaine avec le style incroyable qu’elle possède.

 

Les mots entre mes mains

31666968

Ce livre nous raconte l’histoire d’une jeune servante, Helena, qui va rencontrer le philosophe Descartes aux Pays-Bas et l’histoire qui va se développer entre eux.

Dès le début, Helena m’a conquise, il s’agit d’une femme courageuse, érudite et instruite au-delà de sa condition de femme à l’époque. C’est un roman très frustrant, le personnage d’Helena est touchant et j’avais envie tout au long du roman qu’elle puisse vivre son amour avec Descartes et devenir une femme respectée qui puisse vivre sa passion pour les lettres.

Malheureusement, on n’est pas dans la bonne époque, cette femme se retrouve dans l’opprobre du fait d’avoir eu un enfant avec Descartes sans être marié et pendant tout le roman, elle se comportera comme une servante avec ce philosophe qui ne se préoccupe jamais de ce qu’elle ressent et de ses aspirations tant que le ménage est fait et tant qu’il peut la cacher aux yeux du reste du monde. Malgré toutes les protestations d’Helena sur le fait qu’elle mérite d’être respectée et qu’elle ne veut pas être traitée comme une boniche, je n’ai pas eu l’impression qu’aucun des personnages ne la traite autrement qu’une mère ou qu’une femme sale. C’est elle qui doit se cacher, elle qu’on renie en premier (y compris par sa propre mère), ce livre montre que quand on s’écarte du bon droit dans la société, on en subit de plein fouet les remontrances. Même le valet de Descartes est considéré avec plus d’égard et peut s’occuper des affaires importantes tandis que Helena reste considérée comme une servante pendant tout le reste du livre.

Ce livre possède une écriture charmante, l’époque semble authentique, en tout cas pour une inculte comme moi en histoire et je maintiens une opinion assez faible de Descartes qui, même s’il fournit de l’argent à Helena, reste assez froid et peu respectueux du fait qu’il ait lui-même exprimé le souhait de coucher avec elle au début.

En bref, ce livre est à la fois frustrant au niveau historique et charmant au niveau écriture.

Je remercie Priceminister d’avoir organisé les matchs de la Rentrée Littéraire et de m’avoir permis de lire ce joli livre.

 

 

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary Ann Schaffer

6507425

Avis

Depuis le temps que j’entendais parler de ce roman, je suis enfin contente d’avoir mis la main sur un exemplaire, d’avoir pris mon courage à deux mains et de l’avoir lu. Le titre est original, c’est pour cela que des années après en avoir entendu parler, je me suis mise à le lire. C’est un roman épistolaire qui traite de la vie des gens sur l’île de Guernesey durant la seconde guerre mondiale. Juliet, une jeune écrivaine anglaise, va correspondre par hasard avec quelqu’un de cette île et va connaître et comprendre la vie de ces personnes.

J’ai beaucoup apprécié ces touches historiques bien placées qui permettent de se mettre à la place des gens à l’époque et qui offrent une perspectives sur la vie des gens ordinaires lors de l’occupation allemande. L’histoire de Juliet sur le plan amoureux m’a mise un peu mal à l’aise, elle doit faire face à un homme charmant, élégant, qui veut juste se servir d’elle pour qu’elle soit la « femme parfaite » (c’est-à-dire toujours d’accord avec lui et pas trop bruyante) et finalement, après s’être débarrassée de ce prétendant désagréable, je n’ai pas vraiment réussi à adhérer à son histoire d’amour avec Dawsey et le fait d’adopter une fille (parce que bon, il faut bien qu’elle ait un enfant et un mari avant la fin de l’histoire) ne m’a pas semblé très crédible. J’ai eu du mal certaines fois à discerner entre les différentes personnages, les différents « je » dans chaque lettre.

Bref, l’histoire est bien écrite, la partie historique est agréable mais je suis restée sceptique sur la vie de Juliet.

Retour à Killibegs de Sorj Chalandon

12398221

(334 pages)

Avis

Je m’attendais avec le résumé de 4ème de couverture à un roman du même type que James Bond, à de l’espionnage de haut vol idéalisé. Après avoir commencé le roman, j’ai vite réalisé mon erreur, ce roman est très dur à lire car les péripéties sont réalistes. Il ne s’agit pas de l’histoire d’un traître à sa patrie mais d’un homme convaincu par ses idées et qui se retrouvent à faire des erreurs.

J’ai appris beaucoup de choses sur l’IRA, le parti de l’Irlande et sur les conflits entre l’Angleterre et l’Irlande. Le conflit est décrit de manière presque neutre, sans que le narrateur ne cherche à amadouer ou convaincre le lecteur sur la véracité de ses convictions. J’ai rapidement sympathisé avec le narrateur, et j’ai adoré la manière dont les deux époques coïncident, celle après l’annonce de la trahison et celle qui amène à cette trahison. Finalement, le héros de cette histoire, Tyrone, se fait tout simplement piégé par les forces britanniques pour se retourner contre les siens en raison d’une erreur stupide. J’ai trouvé Tyrone très digne, à la fois dans sa trahison et dans l’annonce de sa trahison par les Britanniques, il reste lui-même et ne cherche pas à fuir la mort ou le face à face avec ses anciens compagnons.

En bref, un très beau récit, très instructif.