Le triangle d’incertitude de Pierre Brunet

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J’ai commencé à lire ce livre dans l’espoir d’en apprendre plus sur le génocide du Rwanda du côté français. Dans les témoignages des survivants que j’ai lu, on sent une rancœur envers la France que les Rwandais rendent responsables. Mais qu’en est-il des soldats français?

On suit l’histoire d’un soldat qui rentre dans sa famille après le génocide et qui doit réapprendre à vivre après avoir vu des horreurs. Certains passages qui évoquent ces événements sont très éprouvants émotionnellement. J’étais au bord des larmes lorsque l’auteur nous présente Étienne et ce qu’il a traversé au Rwanda. Devant tant de massacres, l’auteur nous montre l’inimaginable.

Cependant, contrairement à mes espérances, l’attention du roman ne se place pas vers les événements historiques au Rwanda mais plutôt la difficulté du soldat avec Isabelle, sa femme, et ses enfants. A ce niveau, j’ai eu du mal à sympathiser avec ce soldat qui trompe allégrement sa femme, sort le soir et semble assez indifférent au sort de ces enfants et à la souffrance d’Isabelle. Il ne montre aucun effort pour essayer de se réintégrer et j’étais plus sensible aux efforts de sa femme pour se réconcilier avec lui.

De plus, le vocabulaire maritime m’a refroidi complètement. Je n’ai pas vraiment compris et j’ai passé en diagonale tous les endroits qui utilisaient ce vocabulaire technique peu compréhensible pour les néophytes.

Bref, j’étais un peu déçue par ce roman en demi-teinte, incroyable dans ces descriptions historiques et finalement ennuyeux et machiste du côté de son retour. Je remercie tout de même la plateforme Simplement Pro et les éditions Calmann-Lévy pour ce roman.

Cycle Auschwitz et autres atrocités (4)

Pour conclure avec ce cycle (qui reste ouvert dans le cas où je lirais d’autres livres sur le sujet), je finis avec trois livres de Charlotte Delbo sur son expérience de la déportation et le livre Petit Pays de Gaël Faye, un émouvant témoignage du génocide du Rwanda mais cette fois-ci sous le point de vue d’un petit garçon au Burundi.

 

 

Le premier livre, Aucun de nous ne reviendra, relate l’expérience de la déportation par Charlotte Delbo, sous un point de vue collectif. Elle rend hommage aux différentes femmes qui n’ont pas survécu et à celles qui n’ont pas hésité une seconde à aider les autres au péril de leur vie. Les passages poétiques se succèdent aux passages plus impersonnelles de vie de camp et des différents événements. J’avoue que j’ai préféré les passages poétiques qui sont d’une beauté à donner les larmes aux yeux. Je ne résiste pas à l’envie d’en mettre un passage. Quant aux événements racontés, contrairement à Primo Levi qui donne le sentiment d’une unité et d’un souvenir réorganisé pour lui donner une cohérence, Charlotte Delbo offre une fragmentation qui permet de percevoir l’état de confusion des détenus.

Vous qui avez pleuré deux mille ans
un qui a agonisé trois jours et trois nuits

quelles larmes aurez-vous
pour ceux qui ont agonisé
beaucoup plus de trois cents nuits et beaucoup
plus de trois cents journées

combien pleurerez-vous
ceux-là qui ont agonisé tant d’agonies
et ils étaient innombrables

Ils ne croyaient pas à résurrection dans l’éternité
Et ils savaient que vous ne pleureriez pas.

Le deuxième tome raconte la fin de l’expérience des camps et Charlotte Delbo se livre plus personnellement en racontant son amour pour son mari tué et ses propres émotions à l’issue des événements. Cette sincérité rend le livre plus poignant et j’étais au bord des larmes à chaque phrase.

Encore une fois, même si je voudrais remettre ici toute la beauté de la fin du texte, je vais en mettre l’extrait le plus émouvant:

Et je suis revenue
Ainsi vous ne saviez pas,
vous,

qu’on revient de là-bas

On revient de là-bas
et même de plus loin […]

Je suis revenue d’entre les morts
et j’ai cru
que cela me donnait le droit
de parler aux autres
et quand je me suis retrouvée en face d’eux
je n’ai rien eu à leur dire
parce que
j’avais appris
là-bas
qu’on ne peut pas parler aux autres.

Dans le troisième tome, Charlotte Delbo donne la parole explicitement aux autres femmes qui sont revenues des camps et qui ont essayé de refaire leurs vies malgré tout. Certaines avaient perdu toute leur famille, d’autres devaient continuer à travailler même après tous les efforts pour gagner leur nourriture.  Charlotte Delbo montre que, même après cette expérience traumatisante des camps de concentration, la réalité après la délivrance n’est pas toujours joyeuse. Cela donne aussi à réfléchir à la suite, aux conséquences pour les rescapés et surtout au fait, comme le martelait Primo Levi, qu’il y a des choses dans l’Histoire qu’il ne vaut mieux pas oublier.

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Je reviens également sur le génocide du Rwanda avec le témoignage d’un petit garçon, Gabriel, qui a vécu au Burundi d’une mère tutsie et d’un père français. Il faut s’accrocher au début puisque, comme la plupart des autobiographies d’enfants (je pense surtout et principalement à The Catcher in The Rye de JD Salinger) Gabriel nous montre une enfance de gangs, de violence entre enfants presque gentille par rapport à la suite de l’histoire. Bref, le début permet de se plonger dans un quotidien pour me se laisser surprendre par la montée progressive de la violence par la suite dans le pays.

Les brèves récits de la mère sur la violence au Rwanda sont bouleversants et depuis le début de l’autobiographie jusqu’à la fin, les membres de la famille sont presque tous tués pour la plupart et quant aux rares qui restent, personne n’est épargné. Gabriel, le protagoniste est particulièrement touchant et j’ai complètement craqué sur lui lorsqu’il raconte son amour pour une jeune fille française avec laquelle il correspond.

Bref, le changement de point de vue du Rwanda au Burundi est intéressant pour se rendre compte de tous les aspects du problème et on se rend compte que même sans avoir vécu directement le génocide, les politiques au Rwanda et au Burundi ont affecté les deux populations. De plus, je pense qu’en tant que française pour ma part, ce cycle sur le génocide rwandais m’a beaucoup plus appris sur les souffrances dans ce pays que les médias français.

Cycle Auschwitz et autres atrocités (2)

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Après le génocide juif, j’ai lu deux livres de témoignages sur le génocide du Rwanda par le même auteur journaliste qui est allé là-bas. Avant de lire ces bouquins, je n’étais que très peu au courant de ce génocide, et c’était à peine si je savais où se trouvait le Rwanda sur la carte. Je me demandais si la distance géographique avec le Rwanda me rendrait les événements décrits plus difficiles à comprendre en terme géopolitique et culturelle.

Au contraire, le premier livre de la trilogie est une succession de témoignages de Tutsis qui ont réchappé par miracle aux Hutus, responsables du génocide du Rwanda en 1994. Même si les barrières culturelles existent, on est face à des humains blessés, face à des gens qui ont perdu toute leur famille et qui racontent leur souffrance et c’est un témoignage universel. J’avais les larmes aux yeux devant toutes ses personnes qui acceptaient de révéler leur calvaire devant un monde indifférent et des puissances européennes qui, non seulement avait fermé les yeux mais avait aussi encouragé ce massacre. Comment peut-on survivre indemne à une telle expérience? L’auteur cherche souvent à comparer ce génocide au génocide juif mais je pense que même s’il n’est pas comparable, on a dans ces témoignage un récit qui ne cherche pas à se poétiser ou à rendre les choses supportables contrairement à ceux de Primo Lévi. Les survivants veulent juste pour la plupart rester tranquilles, et ceux qui acceptent de témoigner le font avec beaucoup de sincérité et une simplicité admirable.

Le deuxième livre fait parler les Hutus, ceux qui ont participé aux massacres contre les Tutsis et ont profité des massacres pour voler aux Hutus. Je comprends la perplexité du journaliste devant ce massacre commis par des voisins contre des amis et son insistance pour essayer de comprendre malgré tout comment la nature humaine peut accomplir ces atrocités. Cependant, au-delà du fait que les meurtriers semblent ne regretter aucun de leurs actes et les justifient par des ordres venus d’au-dessus, l’auteur met en parallèle les témoignages des victimes avec ceux des coupables ce qui met mal à l’aise et place ce tome en contradiction avec les propos du premier livre. Je m’attendais à du repentir, à des hommes déboussolés qui se détestent pour ce qu’ils ont été obligés de faire et en réalité, on découvre des hommes à la fois normaux et monstrueux. Ces hommes ne regrettent rien sauf le fait de n’avoir pas pu terminer le massacre et cela pose une sacrée question philosophique: comment peut-on devenir un meurtrier sanguinaire en si peu de temps? Est-ce que n’importe qui peut le devenir? Et cela donne des frissons dans le dos!